Si vous aviez la possibilité d’effacer une personne de votre mémoire, le feriez-vous ? Plus de vingt ans après sa sortie, Eternal Sunshine of the Spotless Mind pose toujours cette question aussi fascinante que vertigineuse. Et si je devais choisir un film capable de me faire rire, réfléchir et verser des larmes, celui-ci figurerait sans hésiter parmi mes favoris.
Sorti en 2004, le film raconte l’histoire de Joel et Clementine, deux anciens amoureux qui décident, après leur rupture, de recourir à une procédure permettant d’effacer de leur mémoire toute trace de leur relation. Une idée complètement folle, qui aurait pu donner naissance à une énième comédie romantique un peu farfelue. Sauf que derrière la caméra, on retrouve Michel Gondry. Cocorico !
Ce que j’adore chez ce réalisateur, c’est sa capacité à rendre l’impossible presque naturel. Dans Eternal Sunshine of the Spotless Mind, les souvenirs ne se contentent pas de défiler comme de simples flashbacks. Ils se mélangent, se déforment et s’effondrent littéralement sous nos yeux. Les décors disparaissent, les visages deviennent flous, les lieux se transforment sans prévenir.
Et pourtant, malgré cette réalisation complètement fantasque, tout semble étrangement familier. Après tout, nos propres souvenirs ne fonctionnent-ils pas un peu de cette manière ? On se rappelle d’une odeur, d’une voix, d’un instant précis, mais parfois plus du tout de ce qui s’est passé juste avant ou juste après.
Mais une réalisation aussi inventive ne suffirait pas sans des acteurs capables de lui donner vie. Et là, difficile de faire mieux.
Jim Carrey, que l’on associe spontanément à ses grimaces et à ses comédies déjantées, livre une interprétation tout en retenue. Son Joel est timide, maladroit, mélancolique, parfois presque invisible. Face à lui, Kate Winslet incarne une Clementine impulsive, imprévisible et débordante d’énergie, avec ses cheveux qui changent de couleur au gré de ses humeurs.
Deux personnalités aux antipodes, mais une alchimie qui fonctionne merveilleusement. Et c’est justement parce qu’on s’attache à ces deux personnages, à leur histoire aussi belle que chaotique, que l’idée de les voir tout oublier devient si troublante.
Un trouble que Joel finit lui aussi par ressentir. À mesure que ses souvenirs disparaissent, quelque chose change. Lui qui voulait à tout prix oublier Clementine comprend progressivement qu’il ne veut plus la perdre. Ni les moments heureux, ni les disputes, ni même les imperfections de leur histoire.
Et c’est là que le film prend, à mes yeux, toute sa dimension. Derrière son idée de départ complètement improbable, il nous rappelle que les souvenirs ne se trient pas aussi facilement. On ne peut pas simplement conserver les bons moments et jeter les mauvais. Tout est lié, et c’est aussi ce qui donne de la valeur à une histoire, même lorsqu’elle se termine mal.
C’est peut-être ce que j’aime autant dans Eternal Sunshine of the Spotless Mind : cette façon de réunir une idée de science-fiction, une histoire d’amour imparfaite, une réalisation débordante d’imagination et des acteurs formidables pour raconter quelque chose de finalement très simple.
On aimerait parfois pouvoir oublier. Mais sommes-nous vraiment prêts à perdre tout ce qui va avec ?
Moi, en tout cas, ce film, je n’ai aucune envie de l’effacer de ma mémoire.
Écrit par Sophie
Eternal Sunshine of the Spotless Mind
Réalisation : Michel Gondry
