On dit souvent « telle mère, telle fille » ou encore que « la pomme ne tombe jamais très loin de l’arbre ». Et en ce qui concerne ma mère et moi… ce serait difficile de le nier ! Ce que je vais te raconter aurait tellement pu m’arriver.
Cette fois, le date presque parfait n’est donc pas le mien, mais celui de ma mère.
Tout commence sur un jeu vidéo : World of Warcraft. Je me suis renseignée, on estime à environ 1,5 million le nombre de joueurs qui s’y connectent chaque jour. Et c’est là, parmi tous ces avatars, qu’elle rencontre son nouveau prétendant : son maître de guilde.
Ils discutent ensemble pendant deux ans. Le gars est sympa, un humour terrible, un Français du Sud, plein de points communs… Bref, le courant passe bien. Et après deux ans à discuter de tout et de rien via le jeu, elle ne connaît encore que son avatar.
Un soir, alors qu’elle est chez sa meilleure amie, elles décident enfin de l’appeler en FaceTime pour voir à quoi il ressemble. L’appel se fait à trois, le gars est toujours aussi sympa et, bonne surprise : beau visage, pas moche du tout, pas beaucoup de cheveux mais pas chauve non plus. Et dans un élan de sympathie un peu trop enthousiaste, sa meilleure amie, plus investie que Cupidon lui-même, lui propose de se retrouver pour la nouvelle année à… Agadir.
Après l’appel et plusieurs hypothèses très sérieuses, comme débarquer en burka à l’aéroport et, s’il ne lui plaît pas, le laisser en plan et repartir ni vu ni connu, ma mère préfère quand même lui proposer de se voir une première fois avant. Le gars, toujours aussi sympathique, lui propose donc de le rejoindre chez lui, à 800 km de chez elle, pour passer quelques jours ensemble avant Agadir. Ni une ni deux, ma mère prend son billet de train et débarque pour trois jours qui vont s’avérer assez folkloriques.
Arrivée à destination, ma mère, 1m63, cherche son date sur le quai. Elle regarde devant elle, au loin, même un peu plus haut… personne. Elle avait simplement oublié de regarder dans une direction : vers le bas. Et là, elle le voit. Un petit homme tout excité, super content de la voir : environ 1m de haut, 1m de large.
Aïe.
Disons que ça ne faisait pas vraiment partie de ses critères. Comme quoi, FaceTime permet de voir un visage, mais pas forcément les proportions.
Lui, par contre, est enchanté de la voir. Tellement enchanté qu’il décide dès le premier soir de présenter ma mère à ses filles. Au moins, elle n’était pas toute seule avec lui. Deuxième jour, il sort le grand jeu : petite virée shopping et restaurant en "amoureux". Ma mère découvre assez vite que le gars ne tient absolument pas l’alcool : après l’apéritif, il est déjà bien guilleret. Petit détail important : elle dort chez lui. Son plan devient donc assez simple : si elle lui met la cuite de sa vie, il dormira toute la nuit et ne tentera rien.
Ça n’a pas loupé. Dès qu’ils rentrent, il s’étale comme un phoque sur le lit et se met à ronfler pour tout l’immeuble. Sauf qu’au milieu de la nuit, il se réveille, vient se glisser en cuillère derrière elle et commence à pleurer parce qu’elle doit repartir le lendemain. Le séjour commençait à devenir long.
Le lendemain, nouvelle étape : présentation à la mère. Les filles le premier soir, la maman le dernier jour, direct dans le bain. Évidemment, toute la famille adore ma mère et commence déjà à organiser les prochaines vacances pendant qu’elle, de son côté, compte les heures avant de reprendre son train.
Enfin, il la raccompagne à la gare. Ma mère monte dans le train et se dit : libérée, délivrée. Sauf qu’il monte avec elle. Elle s’assied, il s’approche et lui vole un bisou, telle une ventouse qui s’écrase contre la paroi d’un aquarium. Pétrifiée, sans voix et complètement prise de court, elle ne dit rien. Il descend du train et, cette fois, elle peut enfin quitter son calvaire.
Arrivée chez elle, 50 roses rouges l’attendaient.
Elle finit donc par lui envoyer un message pour le remercier pour le séjour, tout en lui expliquant qu’elle n’a malheureusement pas ressenti la petite étincelle nécessaire pour envisager une relation amoureuse et qu’elle préfère donc qu’il ne vienne finalement pas à Agadir.
Et monsieur l’a ghostée.
Deux ans de discussions, trois jours en immersion familiale, une cuite stratégique, une cuillère en pleurs, cinquante roses et un bisou ventouse… Pour quelqu’un qu’elle ne connaissait jusque-là qu’en avatar, le passage à la vraie vie aura été assez… brutal.
Et toi, tu aurais tenu les trois jours… ou tu aurais trouvé une excuse pour reprendre le premier train ?
Écrit par Sam